Mardi 18 avril 2006

Je vois les sourire en tranche de courge, "Zongo est instigateur de pédagogie percutante". Mais c'est que Donjon cache une dimension intellectuelle véritable, pédagogique, qui fait progresser le lecteur alors même que le sang qui a giclé des pages n'a pas encore eu le temps de sécher. La pluspart des livres quels qu'ils soient revendiquent une dimension autre que récréative, une dimension de réflexion qui développe le champs de vue du lecteur. Le cinéma, comme la bédé, est moins prétentieuse, elles ont pour vocation première de divertir. En réalité, c'est la qualité de la narration et du scénario qui procurent ou non à l'ouvrage une intelligence qui dépasse le simple cadre de l'amusement. Les sujets sérieux traités avec maladresse ne distraient pas, et dépriment.

Donjon n'a que des dehors humbles. Elle ne revendique pas un traitement historique d'une période difficile, une situation dans le monde dure, même par allégorie et métaphore. Donjon est du médiéval-fantastique agrémenté de personnages animaliers humanisées, et d'un humour riche dont le champs recouvre le pipi-caca, et l'humour de situation. Joann Sfar et Lewis Trondheim font percer l'intelligence derrière la convivialité et la décontraction d'une histoire primesautière, grivoise, vulgaire, et brutale, entre amis.

Néanmoins, derrière l'attitude bête, méchante, et sans nuance des Tilapins ou des Olfs, derrière la corruption assumée d'une Antipolis décadente, derrière les grandes trames narratives de Donjon, se cache un traitement intelligent des comportements et des problématiques. Ce qui fait obstacle entre la production de l'information et la prise de conscience, c'est la capacité à s'intéresser au problème. Donjon a pour vocation que de divertir, et à ce titre, le lecteur est absolument détendu et ouvert à l'action qui lui ait soumis. Les messages passent directement, bien plus efficacement que si, par exemple sur le sujet de la religion, il était en train de lire un livre sur l'Inquisition en Espagne. Il se prend en pleine figure le racisme des Tilapins, la barbarie d'un viol, et sans avoir envie de refermer son album !

Et l'apparence de fiction donne toute l'attitude pour sensibiliser le lecteur aux problématiques traités. Voyons-en quelques-une, pour vous en convaincre. Justice et droit. Les propos de Ravin Eusatche l'avocat bovin dans DPM-97. L'attitude criminelle de l'avocat de DM8 qui dirige rien que moins que la Guilde des assassins. La caricature de procès des Olfs dans DC103.Le fanatsime. DC104 et la réforme du draconisme, à la suite d'un débat entre Marvin et Orlondow. L'attitude fanatique des moines dans DC102, DM4. La stupidité des prètres Bathistes dans DM9, qui refusent d'écouter Noyeuse. Le mal qui ronge la démocratie moderne est l'indifférence du peuple envers les affaires qui sont de sa responsabilité, car la démocratie a la faiblesse de sa force, elle donne un maximum de droits et responsabilités aux citoyens. L'entreprise indirecte mais efficace de sensibilisation qu'entreprend Donjon sur les grands sujets de société participe au travail d'ouverture d'esprit qui est l'apanage des meilleurs troubadours.

Eliya

par Eliya publié dans : donjon-divers
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