Dimanche 25 juin 2006

Il est une notion qu'il faut avoir en tête lorsque l'on parle de Donjon, c'est le renouvellement de la problématique narrative.

La bande dessinnée Donjon dessinnée de Lewis Trondheim et de Joann Sfar, duo appelé affectueusement TronSfar, a pour particularité d'être l'unique fresque a aligner 27 albums avec une vivacité narrative toujours renouvelée.

Hélas toutes les autres bandes dessinées, même les plus grandes Thorgal, XIII, ont perdu leur vivacité narrative, alors que TronSfar ne sombrent jamais, et semblent avoir trouvé la clef secrète à ce problème de renouvellement de problématique narrative.

Le renouvellement de la problématique narrative a été impossible à tous au-delà de 10/15 albums, le monde n'évoluant plus, mais dégénéréant. Pourtant, TronSfar ont trouvé des solutions.

La segmentation de l'histoire en trois périodes est la première astuce de TronSfar pour écrire beaucoup d'albums sans tourner en rond, la séparation temporelle offre une diversité narrative qui leur procure un peu d'avance. Mais à l'intérieur de ces trois périodes, le risque soit de se répéter soit de ne plus trouver d'évènements crédibles demeure. Les clefs employées par TronSfar dans Donjon sont simplement le sacrifice des vieilles recettes, au prix de désappointer leur lectorat, pour mieux enrichir le réçit, et ces clefs se retrouvent donc dans les trois séries principales : Potron-minet (I), Zénith (II), et Crépuscule (III).

 

I. L'époque Potron-Minet

La problématique originaire de Potron-Minet (A), a été sacrifiée au bénéfice d'une nouvelle problématique (B).

 

A. La problématique originaire de Potron-Minet

Potron-Minet a pour problématique originaire le parcours iniatique virtuel et matériel de Hyacinthe. Au point de vue symbolique, il passe du stade de l'enfance et de l'idéal au stade de l'adolescence et des réalités dures de l'existence. Au point de vue matériel, il passe de la campagne à la ville avec son lot de corruption. Il relève deux défis.

a/ La conquête amoureuse d'Alexandra.

b/ L'affirmation sociale

Hyacinthe dans les trois premiers albums est suivis presque semaine après semaine, et le renouvellement narratif était en danger. Sous peine de sombrer dans les deux pièges de la dégénérescence que sont la répétition et les rebonds artificiels, il fallait faire un saut temporel, et faire avancer décisivement l'histoire, ce qui a été fait dans DPM-84.

Ainsi TronSfar ont eu la maturité, probablement du à la clairvoyance et au recul que leur procure le fait d'être deux, de ne pas s'accrocher à leurs vieilles recettes. Cette attitude est en vérité la seule véritable solution, mais le lectorat n'est pas toujours prêt, et se trouve désappointé face à cette rupture de l'habitude, alors même qu'il n'aurait pas manqué d'hurlé au pourrissement si les auteurs avaient procédé autrement. Le lectorat perd ses repères dans cette transition, qui permet le création d'une nouvelle problématique.

 

B. La nouvelle problématique de Potron-Minet

L'ancienne problématique est morte, Hyacinthe s'apprête à vivre avec Alexandra, et sa position de notable d'Antipolis a pris fin avec la destruction de celle-ci. La nouvelle problématique se réoriente naturellement vers le dessein de Potron-Minet, à savoir la genèse du Donjon problématique resté jusque-là en toile de fond.

Cette réorientation suppose les questions nouvelles suivantes :

a/ Le passage à l'industrie Donjonesque

b/ L'évolution de Terra Amata autour du Donjon naissant

Potron-Minet est directement liée à Zénith, qui en est la finalité, bien davantage que Crépuscule pour Zénith, Crépuscule qui est la plus "indépendante" des trois séries.

 

II. L'époque Zénith

La plus fragile des problématiques (A), doit être renouvellée pour préserver la pérennité de l'ensemble de la série Donjon (B).

 

A. L'époque Zénith : la plus fragile des problématiques

Scénaristiquement Zénith est la plus périlleuse des trois périodes, car elle est fondée sur l'album Coeur-de-canard, qui est est la pierre angulaire et fondatrice de Donjon, et à ce titre est la plus rigide. Le cadre cadre narratif posé dans DZ1 comportait 2 postulats :

a/ Le Donjon est pratiquement invincible à tous égards

b/ L'amitier entre Herbert et Marvin est tout aussi inaltérable

Sur ces deux conditions reposent tout le reste de Donjon :

a/ Potron-Minet a pour but d'expliquer l'avènement de la puissance du Donjon

b/ Crépuscule raconte la guerre que se livre Herbert devenue mauvais et Marvin qui tente de la ramener du côté lumineux de la Force.

Cette trame très étroite ne permettait pas de faire évoluer au delà de quelques albums l'évolution narrative, par conséquent ces deux postulats devaient être bousculés. Je n'entrerais pas dans les détails, mais c'est chose faite dans DZ5.

 

B. Un renouvellement nécessaire pour la pérennité de l'ensemble de la série Donjon

Le lectctorat ne perçoit que ce qu'il a sous la truffe, car il est pris par l'histoire, et comme un enfant se plaint quand on lui sert des nouveaux mets qu'il ne connait pas. Pourtant ces nouveaux mets sont indispensables à sa croissance, même s'il se sent trahit sur le moment. Vivre l'expérience Donjon peut pour certains entrîner un divorce passager, mais ceux-là auront en compensation la joie des retrouvailles.

Zénith devait muté, et offrir une nouvelle problématique, sans quoi le pourrissement du coeur même de la série aurait dénigré l'ensemble de la série, et précipité sa fin, et cela n'avait rien d'improbable, puisque cela a été la fin de toutes les autres grandes fresques.

Quand on lève la truffe de la piste, l'on perçoit qu'il faut :

a/ Développer le reste de Terra Amata pour préparer Crépuscule

b/ Développer l'histoire d'amour entre Herbert et Isis, pour bannir définitivement l'ombre enfantine qui aurait pu peser sur Zénith. Dans DZ6, nous les verrons eux ou un autre couple faire l'amour, comme dans les autres séries, vous verrez.

Tous ces changements déconcertent, mais les transitions sont soit admisent et admirées comme telles, soit considérée comme des "écarts" des bonnes recettes pour ceux qui n'ont pas compris qu'elles étaient périmées. Mais la croissance même en volume de Donjon, dans des conditions de force et de nombre inédites dans le monde de la bande dessinnée, apportera avec éclat la preuve de la sagesse narrative de TronSfar.

L'époque Crépuscule est de toute les époques la plus indépendantes et la plus ouverte scénaristiquement.

 

III. L'époque Crépuscule

L'époque Crépuscule a déjà consommée sa première problématique narrative originelle (A), comme Potron-Minet, et comme Zénith a amorcé sa transition vers une nouvelle problématique (B).

 

A. La consommation de la problématique originaire de Crépuscule

La problématique originaire de Crépuscule est de connaître l'issue de la guerre que se livrent Marvin et Herbert. Le DC101 se contentait de poser superbement le décors, le DC102 posait cette question, et DM3 et 4 y répondait. DC103 et 104 assuraient la transition, plus particulièrement ce dernier.

Cette problématique était particulièrement étroite, autant que celle de Zénith. D'où la puissance de DC101 et 102, comme celle de DZ1 et 2. Plus les problématiques sont étroites, et plus leur intensité est forte tout en devant être rapidement renouvelée. Potron-Minet a pu connaître tois albums DPM-99 -98, et -97, de suite, car la problématique était un peu plus large, mais l'album de transition n'en a été que plus violent.

 

B. La transition vers une nouvelle problématique

Crépuscule n'aboutit pas sur une autre série comme ses deux petites soeurs, et elle n'a de fin qu'elle-même. Ses horizons sont les plus larges, ceux de ma mutation de Terra Amata. ces horizons sont :

a/ Les projets militaires de Fayez à la tête de le Géhenne

b/ La chasse que livrent les anciens porteurs à Herbert, qui s'est réfugié sous forme de Saï-Ra dans la Forteresse Noire

c/ Le devenir du Volcan de Vaucanson avec dedans Elyacin, Zakutu, et son ami (amant certainement) draconiste

d/ Le sort de Papsukal

e/ Si Marvin va accepter ses yeux, et ce qui va advenir de son groupe de Draconistes (y compris Marvin Rouge)

f/ L'explication du bug de la Carte Majeur sur l'îlot rose

Les histoires d'amour ne sont jamais aussi nombreuses, ni l'avenir aussi riche de perspectives que dans Crépuscule, mais Jojo et Lewis par leurs courageux choix narratifs réitéreront ces exploits dans Potron-Minet et Crépuscule, en créant le plus grand, le plus fort, des édifices scénaristiques jamais édité dans le monde de la bande dessinnée !

Eliya

par Eliya publié dans : donjon-divers
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