Jeudi 19 avril 2007

ISIS & ALEXANDRA : HEROINES FORTES ET ORIGINALES

La maturité de Donjon repose pour une part significative sur les histoires d’amour que vivent les personnages principaux. Sans héroïnes pour partager la vie de Hyacinthe, Marvin et Herbert, Donjon demeurerait une œuvre enfantine et simplette, à l’instar de Tintin ou Black et Mortimer. Qui peut dire que ces deux grandes œuvres exaltent la passion amoureuse, ou la personnalité affective des personnages, alors que les femmes n’y tiennent aucun rôle ? Au contraire, Donjon est une œuvre bâtit autour des passions amoureuses, de la personnalité affective des personnages. C’est pourquoi une étude consacrée aux deux principales figures féminines de Donjon est très éclairante sur l’ambiance et la structure des scénarii de la série Donjon. Ces héroïnes sont Isis et Alexandra, qui sont les personnages féminins les plus développées de Donjon, et qui occupent la place la plus importante dans l’histoire, au moins pour le moment. De fait, une bonne part de la maturité de Donjon repose sur elles, puisqu’elles apportent la part de faiblesse, d’exaltation, de drame, et de passion nécessaire à une saga digne de ce nom. L’ingrédient fondamental d’Isis et Alexandra est sans conteste la féminité : à quoi aurait-il servit à Joann Sfar et à Lewis Trondheim de nous présenter des garçons manqués, au caractère androgyne ? Pour que ces deux femmes puissent prendre leur place dans la grande histoire de Donjon, il leur fallait une féminité assumée (I). Cela dit, pour parfaire complètement leurs personnalités, au destin original et tragique. C’est pourquoi Isis et Alexandra sont des personnages au bord du précipice, c’est-à-dire plongée en plein drame (II).

I. UNE FEMINITE ASSUMEE

Alexandra comme Isis sont des guerrières accomplies, qui n’ont aucun besoin de protection. Cette situation de fait découle de l’atmosphère générale de Donjon, où la violence est omniprésente, et où un personnage fort est généralement un personnage qui a les moyens physiques de mettre hors d’état de nuire quiconque le menace ou le contrarie.

La nécessité de construire des femmes féminines s’ajoutant à la nécessité d’avoir des personnages fort a naturellement conduit les auteurs à marqué fortement la féminité de Isis et Alexandra pour contrebalancer le côté guerrier de ces héroïnes.

Pour Alexandra, la situation particulière de l’époque Parade et de la personnalité de Hyacinthe a initiée un profil particulier. Antipolis est baignée de Renaissance, et de Romantisme. Ainsi les fleurets et les poignards sont les armes des héros, les tenues sont à base de plastrons et de bottes en cuir, et de grands chapeaux emplumées. Hyacinthe est minuscule, par contraste il était naturel qu’Alexandra soit beaucoup plus grande que lui. Hyacinthe est naïf et est une volaille, aussi Alexandra est un serpent, prédateur naturel des oiseaux, et symbole de l’envoûtement sournois. Toutes ces données additionnées présentent Alexandra : grande, « serpent », vêtue de cuissardes et de plastrons et cuir, de grands chapeaux emplumées, armées de rapières et de poignards. La mentalité de guerrière induite par la tenue est poussée à son paroxysme, Alexandra est un assassin de sang-froid, et l’absence totale de scrupule à tuer d’Alexandra est le point le plus essentiel de sa personnalité. Son amour sincère pour Hyacinthe n’en est que plus poignant et émouvant.

Pour Isis, c’est moins la nature de Herbert que le besoin d’un personnage charismatique capable de se faire de la place entre Herbert et Marvin qui a joué dans sa construction. La décision de Joann et Lewis d’incorporée Isis dans l’histoire suit vraisemblablement le choix d’introduire les Kochaques, donc un certain nombre de présupposées s’appliquaient à Isis. Ainsi, Isis était avant toutes choses l’héritière d’un clan de guerriers nomades farouches et indépendants. Il découlait de ce fait que le trait marquant d’Isis soit un farouche esprit d’indépendance. Pour apporter un contre-point à la liberté débridée qui formait presque à lui seul le personnage, il suffisait d’ajouter à Isis du goût pour l’intelligence et la sensibilité. Dans DZ3 Isis apparaît en compagnie d’un minet pas costaud du tout, mais s’exprimant en un langage plutôt soutenu qui démontre qu’Isis l’avait choisit pour sa personnalité et non pour son physique. Déduction parachever par les déclarations d’Isis après sa mort par liposuccion-poulpique : Isis désirait épouser un « type fin et cultivé », et non « un guerrier stupide que me destine Papa ». Et finalement, quoi de mieux pour incarner l’indépendance et le goût de l’esprit et de la finesse qu’une chatte ? Et quelles autres attributs à conférer à cette chatte, si ce n’est ne grands yeux qui lui dévorent le visage, et de grandes oreilles, qui suggèrent sa vivacité intellectuelle ?

Alexandra la grande et plantureuse tueuse de sang-froid et Isis la mince et souple princesse des barbares éprise d’esprit et d’intelligence partagent en sus de leurs fortes personnalités une féminité assumée. Alexandra est une dévoreuse d’homme, et Isis a le goût des aventures, y compris sentimentales. Cet appétit de la vie toutefois ne vire pas à la maladie et à l’incapacité de fixer leur dévolue sur un unique amour. Ainsi TronSfar témoignent certainement inconsciemment de leur respect de la gente féminine, car les individus primitifs qui entreprennent de dépeindre un fille libre en font immanquablement une garce. Il fallait que leurs deux cerveaux soient capables de concevoir qu’une femme autant qu’un homme ait le droit d’avoir plusieurs aventures sans la considérée comme un être dévoyé. Il est notoire que les héroïnes libérées et équilibrées, non-malsaines et maléfiques sont plutôt rares, que ce soit au cinéma ou ailleurs. Les belles femmes séductrices rimes plus souvent avec « fatales » et/ou « perverse », qu’avec intégrité et engagement morale. Ce qui ne signifie pas que Sfar et Trondheim les ménagent…

II. UNE SITUATION AU BORD DU DRAME

Plus qu’aucun autre personnage de Donjon, Isis et Alexandra sont perpétuellement au bord du drame.

On ne sait rien de l’enfance d’Isis, mais le sournois Hyrka qui la jalouse et convoite l’héritage du Clan ne lui a sûrement ménagée une jeunesse exempte de rivalités. Grâce au DM8 on en sait long sur l’enfance d’Alexandra. Animée d’une prédisposition naturelle à être attirer par le monde violent et aventureux des criminels, en dépit d’un cocon familiale confortable et bourgeois, Alexandra est précipitée dans un tourbillon d’évènements dramatiques qui expliquent sa capacité à tuer de sang-froid et sans scrupule.

Ces jeunesses tumultueuses ajoutent une gravité indispensable aux personnages : leur beauté, leur intelligence, et leur charme deviendraient nauséeux à terme, et ravaleraient Donjon au niveau de Sailormoon, s’ils n’étaient contrebalancer par une forte dose de drame. C’est le syndrome « Petite Maison Dans La Prairie » : si tous est lisse et parfait, on s’emmerde. Les héros doivent avoir des aspérités pour que l’on puisse s’identifier à eux. Et plus les héros sont beaux et brillants, et plus il doit y avoir d’aspérité pour que l’on se raccroche à quelque chose dans toute cette perfection.

Mais le vrai drame réside dans le contenu de leur destin : Isis et Alexandra sont promises à la mort. Ce sont les seuls personnages majeurs dans ce cas. Depuis DZ1 on sait qu’Alexandra connaîtra la mort avant l’avènement de la période Zénith, et depuis DC101 l’on sait qu’Isis succombera avant l’avènement de la période Crépuscule. Et la destinée ténébreuse de Herbert laisse supposer que le nœud dramatique où se jouera son basculement dans l’obscur côté de la Force aura pour origine le décès d’Isis. Quand à Alexandra dont la vie est émaillée par les meurtres, les massacres, les trahisons, les tortures, les viols, les empoisonnements, et la destruction d’une ville entière, on peut subodorer autre chose qu’une paisible fin dans son lit. L’on peut-être certain qu’elle connaîtra une fin tragique et vraisemblablement violente. La vie par l’épée appelle souvent une mort par le même ustensile.

Au moment où j’écris ces lignes, Alexandra habite paisiblement avec Hyacinthe au Château de Cavallère (DPM-84), et quand à Herbert et à Isis ils semblent pouvoir s’aimer tranquillement, l’action de Zénith se reportant du côté des problèmes juridico-financiers de Hyacinthe (DZ5).

On pari combien que Tontron et Jojo vont encore leur pourrir la vie ?

« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », c’est pas pour tout de suite.

Eliya

par Eliya publié dans : Gallerie des personnages
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Mardi 27 mars 2007

Le syndrome Dark Vador de Herbert

Herbert est un peu le Anakin Skywalker de Donjon, il apparaît dans DZ1 avec
un physique banal, une petite tête sympathique, et l'air un peu perdu. Il
s'affirme par la suite comme quelqu'un de courageux, puis devient
franchement méchant, mais en pensant bien faire. Il finit par redevenir
gentil et à renoncer à faire régner la terreur.

Il y a quand même des différences, Anakin devient puissant grace ses dons
(de Jedi) alors que Herbert acquière l'essentiel de sa puissance un peu par
hasard, en récoltant involontairement les objets du destin (TM). Anakin
bascule dans le Côté Obscur (TM) par "amour" en voulant préserver Padmé,
alors que pour Herbert on ne sait pas encore précisément les conditions qui
l'ont poussé à devenir le tyran sanguinaire qui a fait nos délices à tous
dès DC101 sous le titre de "Grand Khân".

Les conditions de leurs rédemptions sont plutôt similaires ; Anakin jette
son Empereur dans le vide par amour pour son fils, et il semblerait que la
perspective d'offrir un avenir meilleur à Zakutu (qu'elle puisse avoir des
enfants) ait été un élément déterminant dans la décision de Herbert de se
"retirer le parapluit" (DM4).

En admettant l'existence de ces points communs entre Herbert et Anakin "Dark
Vador" Skywalker, on peut s'interroger sur l'étendue du syndrome dans les
futurs évolutions de Herbert dans les Zénith à venir.

On retrouve l'histoire d'amour entre le héros et une compagne appelée a
disparaître. Dans l'hypothèse la plus similaire au scénario de la Guerre des
Etoiles, Herbert deviendrait le Grand Khân en espérant que le pouvoir lui
apporte la possibilité de préserver Isis, mais provoquant finalement sa
perte. Mais sans aller jusque là, il est plus que probable que Isis
rencontrera la mort dans des circonstances dramatiques, qui conduiront
Herbert a renier la dernière part de lumière qui l'empéchait de sombrer dans
les ténèbres. Ainsi, sans retrouver exactement le même évènement que dans la
Revanche des Siths, on retrouverait finalement la même charge émotionelle
provoquée par un drame personnel, qui débouchant sur un drame planétaire.

Eliya

par Eliya publié dans : Gallerie des personnages
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Vendredi 23 mars 2007

La personnalité ambigüe de l'Ataman

L'Ataman est une figure d'autorité. Il est le premier personnage dans l'époque Zénith à disposer de forces susceptibles d'inquièter militairement le Donjon. Il intimide Hyacinthe qui pour lui complaire est prêt à tout. Leurs échanges dans DZ5 sont des assauts de courtoisies hypocrites, emprunte de menaces à peine voilée pour l'Ataman, et de ruse sournoise pour Hyacinthe.

L'Ataman, chef Kochaque dirigeant le royaume de Sephalonia, présente une inspiration Mongole forte. L'équipement, les vêtements, et les noms Kochaques évoquent les Mongoles, et la mentalité de l'Ataman aussi. Il met l'honneur au dessus de tout, vient ensuite la loyauté envers les membres de sa famille, et enfin le courage et la vaillance au combat.

L'Ataman dans DZ3 semble ne désirer rien d'autre que le bonheur d'Isis. Néanmoins l'image du papa poule bougon vole en éclats, tant il semble prêt à sacrifier le bonheur de Isis à ses intérêts et à ceux de la tribu, par la suite. L'empressement qu'il mettait dans DZ3 à faire marier Isis au Gardien semblait motivé par le bien de cette dernière. Dans DZ5 on constate que le prix que Hyacinthe doit verser en contrepartie de sa fiancée devient le plus important pour l'Ataman, qui d'ailleurs ne renoncera à cette union que lorsque Hyacinthe sera dépossedé du Donjon et apparaîtra insolvable. La détermination de l'Ataman a forcer Isis à épouser Hyacinthe nous apparaît lorsqu'il ordonne de tuer Herbert quand il lui apprend être le père de son deuxième petit-enfant (le premier étant Elyacin le troll dont Hyacinthe est sensé être le père).

Pourtant on ne peut oublier que dans DZ3 l'Ataman est sincèrement inquièt pour Isis, qu'il privilégie sur Hyrka qu'il considère comme un bon à rien. Il est incontestable qu'il aime Isis, il fait même montre d'une belle tolérance lorsqu'il la congratule pour son nouvel amour et son bébé. La limite à la tolérance de l'Ataman est toutefois franchis lorsqu'Isis doit lui rapporter une forte somme. L'authentique amour qu'il voue à sa fille le cède devant l'austère devoir politique d'Isis. Selon nos critères modernes l'Ataman reste un brute à peine dégrossie, qui oscille entre générosité et arbitraire. Reste que dans Donjon, la personnalité ambivalente de l'Ataman est un ressort dramatique très utile aux auteurs, et je gage que l'Ataman n'a pas encore fini de faire parler de lui.

Eliya

par Eliya publié dans : Gallerie des personnages
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