La sauce héroïco-dérisoire
Quoi de plus difficile que de créée une véritable ambiance épique, avec des actions héroïques, des enjeux nobles, des ennemis terrifiants et abjectes, des exploits à la limite du possible, des cas de conscience authentiquement profonds et insolubles ?
QUOI MAIS QUOI ?
Peut-être une ambiance humoristique de connivence avec les lecteurs ? Une atmosphère composée de clins d'oeils aux clichés et codes du genre ? Vous voyez, ce genre de truc où les lecteurs jouissent de l'usage pertinent des ficelles qui sont l'apanage des réalisateurs spécialisés, tout en appréciant le second dégré qui intégre juste ce qui faut de dérision, sans allez jusqu'à anéantir complètement tous les effets.
Joann Sfar et Lewis Trondheim prennent leur truc très au sérieux. Avec eux le gag scatologique ne TUE JAMAIS l'ambiance ! Quand Baal fait son trou, quand Herbert et Marvin explorent la fosse septique, ça n'empêche pas le lecteur de rester dans l'intrigue. Allons bon, mais pourquoi donc prendre le risque de crever l'atmosphère en insérant des répliques qui potentiellement peuvent éjecter le lecteur de l'intrigue ? Est-ce là un impérieux et puéril besoin de la part des auteurs de tuer l'histoire, pour masquer leur inaptitude à maintenir une action alletante et intense du début à la fin ?
Non au contraire, car nous ne sommes pas éjecter de l'histoire, malgrès ces acrobaties infantiles que fuient tout auteur sérieux qui se respecte !
Raaaaaa, mais alors, si la dérision n'a pas pour effet d'aboutir à la mort de l'intrgue, peut-être qu'elle y contribue, contre toute attente ? En effet ! Quand Marvin Rouge est mis en garde par les Devins (DM3) en des termes alambiqués contre "des forces dont tu n'imagines pas la force", et que Marvin Rouge se fait l'échos du lecteur moyen en rétorquant :"Des forces dont j'imagine pas la force, c'est un peu nul comme phrase", le lecteur est renforcé dans l'histoire ; il y est renforcé, car les auteurs échangent un clin d'oeil complice avec le lecteur, en faisant réagir le héros de la même manière que eux auraient réagit.
Le mécanisme consiste à épaissir la sauce, plutôt qu'à l'alléger. Une bonne vanne décalée fait ressortir le côté grave de la situation, comme quand Marvin Premier s'indigne d'être traité de "gros" par un Olf (DC101). Des réflexions qui font remarquer le ridicule d'une situation pourtant grave sont d'une suprême habilité, puisqu'elles font sentir aux lecteurs que l'on essaye pas de leur servir un poncifs, mais qu'on contraire, on les considèrent assez intelligents pour noter au passage le côté ridicule de la situation. J'aurai pu commencé par ceci, mais j'en termine plutôt, pour ne pas terminer en queux de poisson ; dans la vie réelle, toute situation tragique a un côté comique, et toute situation comique a un côté tragique, comme disait monsieur Molière ; et l'habilité d'un bon narrateur consiste à être capable de mettre les deux en exergue, afin de les renforcer, sans les dénigrer pour autant, si vous me permettez d'en tirer cette hardie conclusion.
Eliya